Guide 3 sur 7
Lire l’écart entre deux essais
La plupart des joueurs ne regardent que la plus petite distance de leur historique et cherchent autour. C’est le réflexe qui coûte le plus d’essais : l’information n’est pas dans le meilleur coup, elle est dans la relation entre deux coups.
Regarde ton historique après trois essais. Le jeu le trie par distance croissante, ce qui met en tête ton meilleur coup - et c’est précisément ce que la plupart des joueurs exploitent : ils prennent la ville la plus proche et cherchent des voisines. C’est raisonnable et c’est très inefficace, parce que ça n’utilise qu’une ligne sur trois.
Une distance isolée dit peu de chose. Deux distances comparées disent beaucoup plus, et elles le disent de trois manières différentes.
Cas 1 - deux distances égales
C’est la configuration la plus riche et personne ne la remarque. Si deux essais renvoient la même distance, ou presque, alors la cible est à égale distance des deux : elle se trouve sur la médiatrice du segment qui les joint.
Tu viens de gagner une droite entière - une contrainte à une dimension sur un plan à deux dimensions. C’est exactement la moitié du travail, obtenue sans que ni l’un ni l’autre de tes essais n’ait été « bon ».
Exemple pris dans le corpus. Strasbourg et Nantes sont séparées de 709 km d’est en ouest ; leur médiatrice est donc une ligne à peu près nord-sud qui coupe le pays en deux. Dès que les deux te renvoient la même distance, tu sais que la cible est dessus - et la valeur, elle, te dit à quelle hauteur.
Deux réponses à 590 km environ désignent Nîmes (588 km de Strasbourg, 594 de Nantes). Deux réponses à 490 km désignent Calais (499 et 484). Ces deux villes sont à 813 km l’une de l’autre, aux deux bouts du pays, et pourtant elles partagent exactement la même propriété géométrique. C’est là tout l’intérêt de la lecture : l’égalité te donne la ligne, la valeur te donne la position sur la ligne.
Le réflexe à prendre : quand deux essais tombent à moins de 10 % l’un de l’autre, arrête de chercher autour du meilleur et trace mentalement leur médiatrice.
Cas 2 - l’écart vaut la distance entre les deux essais
Le cas symétrique du précédent, et le plus décisif de tous. L’inégalité triangulaire dit que pour toute cible T et deux essais A et B :
| d(A,T) − d(B,T) | ≤ d(A,B) ≤ d(A,T) + d(B,T)
Les deux bornes sont atteintes seulement dans des cas d’alignement, et c’est ce qui les rend utiles.
Si l’écart entre tes deux distances est presque égal à la distance qui sépare tes deux essais, alors la cible est presque sur la droite qui les joint, au-delà du plus proche des deux. Paris et Marseille sont à 660 km. Si Paris te répond 67 km et Marseille 727 km, l’écart vaut exactement 660 - les 660 km qui séparent tes deux essais. La cible est donc alignée, 67 km au-delà de Paris dans la direction opposée à Marseille : plein nord. Le corridor est étroit, et le corpus n’y échelonne que quelques villes sur cette même ligne - Beauvais à 67 km de Paris, Amiens à 115, Calais à 236, Dunkerque à 242. La distance à Paris suffit alors à choisir : c’est Beauvais.
Si au contraire la somme de tes deux distances est presque égale à la distance entre tes essais, la cible est entre les deux, sur le segment. Lille et Marseille sont à 834 km. Si Lille répond 648 km et Marseille 186 km, la somme fait 834 au kilomètre près : la cible est sur la ligne Lille–Marseille, aux trois quarts du chemin. C’est Valence, qui se trouve rigoureusement sur cet axe.
Cas 3 - deux distances moyennes et rien d’autre
La situation la plus fréquente et la plus frustrante : trois ou quatre essais qui répondent tous entre 300 et 600 km, sans qu’aucun ne se détache. Le réflexe est de proposer une ville proche du meilleur des trois. C’est presque toujours une erreur.
Des distances moyennes et homogènes signifient que tes essais sont mal répartis : tu tournes autour de la cible sans jamais la cerner, ou tes trois essais sont trop proches les uns des autres et leurs cercles se recoupent sous un angle très fermé. Dans les deux cas, ajouter une quatrième mesure au même endroit ne rapporte rien.
La bonne réponse est contre-intuitive : propose une ville très éloignée de tes essais précédents, même si tu es certain qu’elle sera « glaciale ». Un essai glacial n’est pas un essai perdu - c’est un cercle de grand rayon, et un grand cercle recoupe les autres sous un angle ouvert, ce qui donne une intersection nette. Un essai chaud dans une zone déjà couverte, à l’inverse, ne fait qu’épaissir ce que tu sais déjà.
Le piège du palier de température
Dernier point, qui traverse les trois cas : le palier affiché est une commodité de lecture, pas une mesure. Il compresse une échelle continue en sept catégories, et cette compression te fait perdre de l’information au moment où elle compte le plus.
En mode France, « très chaud » couvre tout l’intervalle de 17 à 88 km. Deux essais étiquetés « très chaud » peuvent donc être à 20 km et à 85 km de la cible - un rapport de un à quatre, invisible si tu ne lis que la couleur. Le chiffre est affiché à côté : c’est lui qu’il faut lire, surtout en fin de partie.
L’effet s’aggrave dans les autres modes, où les paliers sont bien plus larges : en mode Monde, « brûlant » va jusqu’à 300 km et peut contenir plusieurs capitales.
En résumé
- Deux distances égales → la cible est sur leur médiatrice. Trace-la.
- Écart ≈ distance entre les essais → la cible est alignée, au-delà du plus proche.
- Somme ≈ distance entre les essais → la cible est entre les deux.
- Trois distances moyennes et semblables → relance très loin, pas près de ton meilleur coup.
- Lis les kilomètres, pas la couleur.
Ces lectures ne servent qu’à moitié si tu ne sais pas ce que contient la liste : c’est l’objet des pages corpus. Et le glossaire revient sur les notions de grand cercle et d’orthodromie qui fondent ces raisonnements.